L'illusion de la dualité

Toutes distinctions, de quelque ordre qu'elles soient n'ont qu'un seul but, celui de diviser. La division conduit à la notion de préférence et de choix. La notion de choix implique celle de camp, et celle de camp, implique, en fonction du domaine des notions allant du statut d'indifférent à celui d'opposant, voire d'ennemi.

Il est ainsi simple de conduire, à force de messages et de mensonges, à faire de l'autre l'ennemi désigné, si l'on ne reste pas attentif et à cheval sur nos propres valeurs et convictions (venant de l'intérieur...). Une autre technique qui joue sur ces différentiations est celle de l'amalgame, qui, lorsqu'il est bien orchestré conduit à des associations de concepts et à des raccourcis qui permettent, en évoquant une cause, parfois opposée, de mener à déclencher l'effet et le ressenti inverse chez les gens. Pour ne citer qu'un exemple, Charlie -> "Liberté d'expression" -> Sécurité -> Diminution de la liberté d'expression. Ainsi, sous couvert de garantir la liberté d'expression, on en vient subtilement à l'inverse, sa diminution (lois de contrôle informatique, site de "dénonciation", Patriot Act made in France...).


Donc que l'on parle de:

- OM/PSG

- Droite/Gauche

- Homme/Femme

- pauvres/riches

- Antis/pros de toutes sortes 

- Sunnites/Chiites

- blancs/noirs/jaunes/gris/bleus/verts...

- religions, sectes et apparentés...

- aspirations spirituelles...

- gentils/méchants en général (il est d'ailleurs amusant de noter ici que l'on se place systématiquement dans la 1ère catégorie...) 


nous rentrons dans un système d'opposition, de comparaisons, d'appartenance, et de façon plus insidieuse, de jugement et d'acceptation ou de rejet.


En creusant un peu, il est facile de ce rendre compte que ce schéma de Dualité est basique et minimaliste. Sans beaucoup d'efforts, on constaterait bien vite 2 choses:

1) Si je change de camps, l'ami devient l'ennemi et réciproquement. Donc comme le dit si bien JJ Goldman "si j'étais né en 17 à Leidenstadt"... 

2) Tout ces pôles en apparence binaires ont en réalité une infinité de nuances avec des niveaux de classement beaucoup plus subtils. On utilise alors les termes de bord, tendance, modéré, centre, fondamentalisme, intégrisme... Toute une échelle de valeurs qui ne se rapporte habilement qu'aux 2 termes antagonistes de départ. Cela permet de masquer la diversité réelle et de clarifier pour soi le camps auquel on appartient, tant ce sentiment d'appartenance est confortable et rassurant..


Il est cependant indispensable de comprendre que "tout est relatif". L'un dira que l'eau de la piscine est froide, et l'autre qu'elle est chaude. Qui a raison ? Y a t'il une Vérité absolue, ou tout n'est t'il qu'affaire d'interprétation, de point de vue et de ressenti. Un opinion est-il plus "respectable" qu'un autre ? Selon quelle loi ? quelle croyance ? quels critères ? Non, tout le monde à raison ! La Vérité n'est pas unique, ce qui confirme que la notion de dualité est totalement aberrante et trompeuse. C'est un mécanisme rassurant d'appartenance et de contrôle. Ne tombons pas dans ce piège.


Notons aussi que toute dénomination "argotique" utilisée le plus souvent à la légère, ou sur le ton de "la plaisanterie" n'est jamais anodine, et contribue à maintenir ces divisions avec la connotation péjorative qu'elle sous-tend. Que l'on parle de "péquenot", de "bougnoule", de "schleu", d'"Alsaco", de " Flic", de "clodo", les "chômedu" et autres "pédés" et "gouines", leur simple évocation déchaine une quantité incroyable de messages plus ou moins conscients qui agissent sur la fibre émotionnelle de chacun et annihile ainsi tout capacité de discernement. On prend ces mots avec le bagage émotionnel qui s'y rattache (propre à chacun et à chaque "camp"), mais toujours connoté négativement, ce qui déclenche un phénomène automatique d'appartenance ou de rejet (n'est-ce pas ce que vous avez ressenti à la lecture de certains de ces termes ?). C'est ce caractère "automatique" de la chose qui pose problème et qui comporte un véritable danger. Lorsque l'on arrive à donner une connotation suffisamment urticante à un terme, à force de matraquage et de manipulation médiatique, il devient aisé de manipuler les masses.. N'est-ce pas ainsi que Hitler est arrivé au pouvoir ? Petit à petit, en laissant infuser des messages au départ subtils, qui finirent par devenir porteurs de haine absolue ensuite. Y voyez-vous certains parallèles possibles avec ce qui se passe aujourd'hui ? moi oui. Comment se fait-il que nos gouverne-ments aient une telle volonté de nous faire peur et de nous faire craindre un "ennemi" désigné et facilement identifiable par sa différence (apparente !) ? Comment se fait-il que la Paix entre les peuples ne soit pas leur leitmotiv ? Comment espérer conduire à la Paix en faisant sans cesse la guerre et en voyant des ennemis partout et en enterrant la peur chez ses con-citoyens ??


Tout cela pour dire qu'il est temps d'en finir avec les castes, clans, et groupes d'appartenance de toute sorte, qu'ils soient culturels, géographiques, religieux... 


Je ne comprends pas qu'à notre époque, l'on puisse encore trouver sa fierté et sa "consistance" dans le fait d'être Breton, Corse ou Basque pour ne prendre qu'un exemple franco-français. Nous ne sommes même pas Français. Français est un concept politico-manipulatoire, désolé pour l'euphémisme. Les pays, les groupes ethniques, les régions, les départements, toutes ces choses illusoires desquelles l'on se revendique et sur lesquelles nous basons une part de notre identité sont factices et ne font que nous éloigner encore un peu de qui nous sommes. Nous ne sommes même pas Européens. Tout ces découpages et morcellements n'ont de sens que pour ceux qui s'y identifient et ceux que cela dessert, raison pour laquelle ils les entretiennent... 


Préférez-vous vous identifier à un être 40% Homme, 15% cadre, 10% marié, 8% papa, 7% Français, 6% de Droite, 5% PSG, 4% du "ch'nord" , 3% chrétien et 2% ailurophile ou être 100% vous-même ?


Pensez-vous être plus que cela ? Comment aimeriez-vous vous définir autrement ? 


La prise de recul nous permet dans un premier temps de sortir de cette dualité, pour se rendre compte que l'autre, aussi différent soit-il, à tout point de vue, ne vaut ni plus ni moins que vous. Ce n'est d'ailleurs pas un problème de valeur, mais plutôt de crédit, que l'on se donne, en se basant sur nos croyances Prenez le temps de vous poser la question "Et de son point de vue, comment est-ce que j'apparais ?". On peut faire cet exercice avec celui que l'on nommerait " notre ennemi N°1", mais il est intéressant de commencer petit, par ce voisin ou cet ami que l'on ne comprends pas sur "un détail". Comment se fait-il qu'il aime tellement le foot ? Cela est une belle ouverture à l'autre, une brèche que l'on ouvre dans le mur de nos différences, pour un jour apprendre à comprendre, accepter, et AIMER l'autre TEL QU'IL EST et pas TEL QUE L'ON AIMERAIT QU'IL SOIT. Vous ne tarderez pas à comprendre que cela est aussi valable pour vos proches, vos amis intimes, votre familles et votre partenaire de vie. Sortir des clans et s'ouvrir à l'autre est la Voie vers une plus grande humanité, vers un respect et un amour de soi et de l'autre, dans la cohésion et la solidarité. Sortons des schémas établis où nous avons appris à nous complaire et à nous identifier de façon si limitante. C'est une insulte à ce que nous sommes, nous ne sommes pas cela, nous sommes beaucoup plus que cela.


L'ennemi est celui qui est trop différent pour être compris, l'ami, celui qui rentre dans le cadre de mes idées "acceptables". Et mon partenaire de vie, celui qui est le plus compatible avec mes avis et points de vue.... Est-ce cela ? Ne trouvez-vous pas cette vision des choses limitante et plutôt absurde ? En nous ouvrant et en ouvrant notre esprit à d'autres idées et avis, nous nous ouvrons également aux autres et agrandissons ainsi notre zone de confort en ayant osé en sortir de façon mesurée, en acceptant la confrontation avec d'autres, ceux qui à priori, n'y avaient pas leur place. L'ennemi n'est que la partie sombre de nous-même; qui ne demande qu'à être découverte et acceptée. Cette acceptation, nous rendra plus grand en nous faisant intégrer une nouvelle part de nous-même, au lieu de la fuir et de nous évertuer à l'ignorer et la rejeter.


Oui, d'accord, mais comment faire ?? C'est plus simple qu'on ne le pense. Cela prendra un peu de temps, c'est certain, et demandera d'y rester attentif le plus souvent possible. Ce sera difficile au début, mais deviendra de plus en plus facile en faisant un pas dans cette direction chaque jour. Chaque fois que vous êtes tenté de juger l'autre négativement (il ne devrait pas dire/faire/être cela, je n'aime pas sa façon de se comporter, envers moi, envers les autres... etc, etc...), ne le prenez pas mal, ne vous fermez pas. Restez neutre, et dite vous "Pourquoi agit-il comme cela ? Qu'est-ce qui ne me plait pas dans son attitude ou sa façon d'agir ? dans son discours ?". Chacun a ses raisons d'être et de penser tel qu'il le fait. Essayons de le comprendre plutôt que de le juger rapidement et de perdre une bonne occasion de s'ouvrir et de se donner une opportunité de voir les choses différemment, plutôt que de se complaire dans notre vision étriquée, rassurante et limitée à nous-même. Vous comprendrez alors rapidement, que comprendre l'autre, c'est aussi se comprendre soi, et vous verrez alors l'autre comme un formidable outil pour savoir qui l'on est et comment l'on fonctionne. Une formidable et intarissable école en somme !


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